Il y a des domaines privés qui se ferment au monde, et d'autres qui choisissent de s'ouvrir pour mieux se protéger. Au pied des monts Sangre de Cristo, dans le sud du Colorado, la réserve de Trinchera accueille depuis juin 2026 ses premiers hôtes dans un lodge de 16 chambres. Derrière le séjour haut de gamme, une histoire de conservation commencée il y a près de vingt ans.
Vingt ans de restauration écologique
En 2007, le gestionnaire de fonds et philanthrope américain Louis Bacon rachète les ranchs historiques de Trinchera et de Blanca. La réserve couvre aujourd'hui quelque 172 000 acres, soit environ 70 000 hectares. En 2012, il fait don d'une servitude de conservation sur environ 167 000 acres au U.S. Fish and Wildlife Service, la plus importante de l'histoire de l'agence. Avec les ranchs voisins, elle forme un corridor protégé d'environ 800 000 acres, du parc national des Great Sand Dunes jusqu'au nord du Nouveau-Mexique.
Le domaine s'étage sur six zones écologiques, jusqu'à trois sommets de plus de 4 200 mètres. Les équipes y mènent restauration des cours d'eau, suivi de la faune et gestion forestière, avec des universités et des agences publiques. Une quarantaine de mouflons canadiens réintroduits il y a quelques années forment aujourd'hui un troupeau d'environ 250 têtes, aux côtés de bisons, de chevaux sauvages et de quelque 2 400 wapitis. Surtout, la réserve s'est engagée à créer 72 miles (environ 115 km) d'habitats protégés pour la truite fardée du Rio Grande, espèce endémique de la région, dans les bassins de Placer Creek et Trinchera Creek. Ce travail a été distingué en 2025 par la division Ouest de l'American Fisheries Society, une récompense saluée par l'association Trout Unlimited.
Un « safari d'altitude » sous un ciel protégé
Outre le lodge et ses seize chambres, dessiné par le studio Los Griegos, la réserve propose deux maisons privatisables et deux cabanes d'altitude, dont l'une perchée à plus de 3 500 mètres et fonctionnant hors réseau. Le séjour est conçu comme un « safari d'altitude » guidé : plus de 300 km de sentiers, pêche à la mouche de la truite fardée en été, ski de fond l'hiver. La nuit, place aux étoiles : Trinchera a obtenu en 2025 le label DarkSky Approved Lodging, après un audit de son éclairage extérieur, le remplacement des luminaires par des LED blindées à faible température de couleur et la mise en place d'actions de sensibilisation à la pollution lumineuse.
Le séjour est proposé en formule tout compris, à partir de 2 000 dollars la nuit pour deux, repas et activités guidées inclus. L'ouverture de Trinchera fait écho à celle de Kuganha, en Afrique du Sud : deux exemples d'un tourisme haut de gamme qui finance le réensauvagement et en fait son principal argument.
« Trinchera est un leader dans la préservation de la nuit. » — James Brigagliano, responsable du programme d'éclairage de DarkSky International
L'avis d'Ecolochic
Trinchera coche des cases rares : une protection juridique perpétuelle, des résultats biologiques mesurables, une distinction scientifique et un label nocturne fondé sur des travaux concrets. Ouvrir le domaine à quelques visiteurs, à prix très élevé, peut contribuer à financer cette protection et à la rendre visible. Mais le modèle a ses limites : il repose sur la fortune et la bonne volonté d'un seul propriétaire, l'accès reste réservé à une clientèle très aisée qui arrive le plus souvent en avion, et la réserve ne publie aucune donnée sur l'énergie ou l'empreinte du lodge. Un modèle de conservation remarquable, dont l'hôtellerie reste encore à documenter.
Infos pratiques
- Trinchera Reserve & Lodge, Sangre de Cristo Mountains, sud du Colorado (États-Unis)
- 16 chambres au lodge, deux maisons et deux cabanes d'altitude
- À partir de 2 000 $ la nuit pour deux, tout compris (hors taxes et pourboires)
- Accès : transferts depuis les aéroports d'Alamosa (Colorado) et de Taos (Nouveau-Mexique)
- Site : trinchera.com
Crédits photos © Trinchera Reserve & Lodge


