Recyclage textile : la promesse circulaire se grippe

Rédigé le 04/11/2026
Jérôme B


En avril 2025, l'ouverture de l'usine Brightfiber à Amsterdam avait été saluée jusqu'à la Commission européenne comme la première usine textile entièrement circulaire : des vêtements usagés triés, effilochés et transformés en nouvelles fibres. Dix-huit mois plus tard, l'entreprise suspend « jusqu'à nouvel ordre » sa production de fibres recyclées mécaniquement. Le tri de vêtements de seconde main, lui, continue.

Trop peu d'investissements, trop peu de clients

Brightfiber avance plusieurs raisons : des investissements nécessaires pour passer à l'échelle qui « ne sont pas arrivés assez vite », une législation encore mal appliquée, la pression continue de l'ultra fast fashion et l'incertitude géopolitique, qui pousse les marques à réduire leurs budgets durabilité. Selon le quotidien néerlandais NRC, l'usine manquait tout simplement de clients. Aucun chiffre de capacité ni de volume produit n'a été communiqué.

Le cas n'est pas isolé. En Allemagne, deux nouvelles entreprises de tri textile ont déposé le bilan, selon la presse spécialisée, et la capacité de tri du pays est sous tension. Le recycleur suédois Circulose, qui avait déjà connu une faillite sous son ancien nom Renewcell, prévoit de relancer sa production d'ici fin 2026. Les nouvelles usines existent pourtant : en Italie, une unité de recyclage mécanique d'une capacité de 19 200 tonnes par an vient d'ouvrir.

Pendant ce temps, la seconde main s'envole

Le contraste est frappant avec la revente de luxe. Sur Fashionphile, les premières pièces Chanel signées Matthieu Blazy se revendent jusqu'à 15 % au-dessus du prix boutique. Les maisons multiplient leurs programmes d'occasion certifiée, d'Audemars Piguet à Rolex. Faire circuler un sac rapporte ; recycler une fibre coûte encore plus cher que produire du neuf.


L'avis d'Ecolochic

En août, nous saluions le premier jean recyclé textile-à-textile de Circ, H&M et Lenzing. L'arrêt de Brightfiber rappelle que ces succès restent fragiles : le recyclage ne vivra que si les marques achètent réellement de la fibre recyclée, en volume et sur plusieurs années, et pas seulement pour une capsule ou une campagne.

Le luxe n'est pas en première ligne, mais il n'est pas exempté. Nombre de maisons mettent en avant des matières « recyclées » sans publier la part qu'elles représentent dans leurs collections, ni l'origine (déchets post-consommation ou chutes d'atelier). Avec l'extension programmée de la responsabilité élargie du producteur sur le textile à tous les pays de l'Union, et les futures exigences d'écoconception (règlement ESPR, passeport numérique produit), ces chiffres devront sortir. Ce sont eux, plus que les beaux discours, qui diront si la mode circulaire a un modèle économique.

Sources