Il y a des bijoux conçus pour durer des générations, et d'autres pensés pour retourner à la terre. Du 8 au 13 octobre 2026, l'exposition Compostable, présentée à la Galerie La Petite Semaine, dans le 11e arrondissement de Paris, a choisi clairement le second camp. Intégrée à la triennale Parcours Bijoux, organisée par l'association D'un bijou à l'autre du 1er au 29 octobre, cette proposition courte mais radicale interrogeait une question simple, et dérangeante : comment créer sans puiser ?
Un manifeste dans une petite galerie
Le vernissage s'est tenu le vendredi 9 octobre, de 18 h 30 à 22 h, au 25 rue Chanzy. Pendant six jours seulement, la galerie a ouvert de 11 h à 19 h. Compostable n'était donc pas une grande rétrospective : plutôt un manifeste, numéro 29 du parcours, posé au cœur d'une édition qui compte près de trente-cinq événements répartis dans la capitale.
Selon le texte officiel de l'exposition, face à la raréfaction des ressources, à la hausse des métaux précieux et à la surproduction, les artistes explorent un bijou éthique et éphémère, conçu pour limiter son impact. Cheveux, nacre, sable et os deviennent matériaux de création. Bruts, organiques ou minéraux, ils sont récoltés, détournés, sublimés. Entre bijou primitif et bijou politique, les pièces dialoguent avec l'histoire, de l'ethnographie à l'artefact contemporain. La beauté s'y allie à la conscience : le bijou devient un ornement destiné à retourner à la terre.
Huit regards sur la matière humble
Huit artistes ont été réunis. Clémentine Despocq, bijoutière et plasticienne, fait dialoguer la nacre et le métal dans des pièces hybrides. Agnès Dubois, qui défend depuis vingt-cinq ans le lien entre art et artisanat, y montrait notamment Retour au jardin, un collier de laine feutrée ponctué de capsules de pavot séchées. Ana Escobar Saavedra, artiste colombienne vivant entre les Émirats arabes unis et la France, travaille les relations émotionnelles entre personnes et objets, autour de la mémoire et des rituels.
Judith Sitbon, formée en génie civil avant de se reconvertir au bijou contemporain et installée à Jérusalem, explore le mouvement et la beauté éphémère de la nature, notamment à travers les arts du fil. Caroline Volcovici, influencée par le mouvement néo-zélandais Bone Stone Shell, a fondé à Paris l'atelier-galerie Objet Rare et participe à l'association organisatrice de la triennale. Julie Usel, bijoutière genevoise, détourne des matériaux inattendus : ses samares, graines d'érable bordées d'or, élèvent le végétal au rang d'ornement. Amira Sliman, galeriste et créatrice, privilégie pierre, bois et plumes. Marion Colasse, enfin, part souvent du métal, mais expérimente régulièrement de nouvelles matières selon ce qui l'entoure.
Éloge de la matière, loin des grandes maisons
Dans sa prévisualisation du programme, The French Jewelry Post place Compostable dans un fil rouge de l'édition 2026 : l'éloge des matières dites humbles. Le bijou n'y est plus défini seulement par l'or ou la gemme, mais par sa charge sensorielle, écologique ou mémorielle. Des pièces fragiles en cheveux, nacre ou sable y sont conçues pour retourner à la terre. Cette lecture rejoignait d'autres propositions du parcours, où le bois, la laque, la soie ou le papier deviennent le cœur même du joyau.
Pour Andrea Piñeros, présidente de D'un bijou à l'autre, ce dynamisme reste fragile : les artistes portent souvent seuls une charge économique importante, tandis que les institutions sont de plus en plus difficiles à mobiliser. Le bijou contemporain, souligne-t-elle, s'appuie aussi sur une nouvelle génération capable de communiquer autrement, notamment pour se distinguer des grandes maisons. Compostable incarnait précisément cette liberté : un terrain d'essai, loin des vitrines Place Vendôme.
Ce qui reste à prouver
Soyons clairs : un bijou en cheveux, en sable ou en samares n'est pas, par magie, neutre pour la planète. L'exposition ne publie pas d'analyse de cycle de vie, ni de bilan carbone des pièces. Certaines œuvres mêlent encore métal, dorure ou matières d'origine animale — os, nacre, plumes, laine — dont l'empreinte et l'éthique varient selon la provenance, rarement détaillée ici. La compostabilité réelle d'un ornement composite n'est pas démontrée pièce par pièce.
L'échelle, enfin, reste celle de la création contemporaine : pièces uniques ou petites séries, six jours d'exposition, un public d'initiés. Compostable ne prétend pas réformer la joaillerie industrielle. Elle pose une question de désir : pourquoi continuer à extraire, polir et stocker l'éternel, quand la rareté peut aussi naître du geste et de la disparition ?
Infos pratiques
Exposition : Compostable (n° 29 du Parcours Bijoux 2026).
Dates : du 8 au 13 octobre 2026 (terminée) ; vernissage le 9 octobre de 18 h 30 à 22 h.
Lieu : Galerie La Petite Semaine, 25 rue Chanzy, 75011 Paris.
Horaires alors en vigueur : 11 h – 19 h.
Artistes : Clémentine Despocq, Agnès Dubois, Ana Escobar Saavedra, Judith Sitbon, Caroline Volcovici, Julie Usel, Amira Sliman, Marion Colasse.
Contexte : Parcours Bijoux 2026, triennale du bijou contemporain, du 1er au 29 octobre 2026 à Paris, organisée par l'association D'un bijou à l'autre.
Sources : parcoursbijoux.com (page Compostable et site officiel) ; The French Jewelry Post, prévisualisation du programme 2026.
Crédits photos (c) Agnès Dubois / Parcours Bijoux 2026 — pièce Retour au jardin.

