Le passeport numérique des produits (ou DPP, pour Digital Product Passport) doit changer la façon dont on achète un vêtement. Un simple QR code donnera accès à l'origine des fibres, à la composition ou à la réparabilité d'une pièce. Pour la mode, le calendrier se précise, et il est plus long qu'on ne le dit souvent.
Un calendrier qui glisse vers 2029
Le passeport découle du règlement européen sur l'écoconception des produits durables, dit ESPR (règlement UE 2024/1781), entré en vigueur le 18 juillet 2024. Le textile y figure parmi les secteurs prioritaires. Mais le règlement ne fixe pas lui-même les données à fournir : il faut pour cela un acte délégué par catégorie de produits.
Pour le textile, cet acte n'est attendu qu'entre le troisième et le quatrième trimestre 2027, une échéance encore indicative. Les entreprises disposeront ensuite d'au moins 18 mois de transition. Résultat : l'obligation ne devrait pas s'appliquer à l'habillement avant 2029, sous réserve du calendrier définitif.
Ce que contiendra le passeport
La liste des données obligatoires n'est pas encore arrêtée. Elle pourrait couvrir l'origine des fibres, la composition, les caractéristiques environnementales, la réparabilité et la recyclabilité. L'accès sera différencié selon les profils : consommateur, professionnel ou autorité de contrôle. L'obligation vaudra pour tout produit vendu dans l'Union européenne, qu'il soit fabriqué en Europe ou importé. La responsabilité juridique pèsera sur l'entreprise qui met le produit sur le marché.
Les sous-traitants en première ligne
Le cas du Maroc montre l'enjeu. Selon Medias24, 93 % des exportations textiles marocaines partent vers l'Union européenne (chiffre IFC), alors que les exportations de textile et cuir ont reculé de 5,6 % sur les huit premiers mois de 2026. Les fabricants manquent souvent d'informations sur l'origine des fibres, qui dépend de fournisseurs et d'intermédiaires. Ils craignent que les marques leur fassent porter le coût de la collecte des données : logiciels, bases de données, formation. Le 13 octobre 2026, le Centre du commerce international a présenté au Maroc une boîte à outils de traçabilité destinée aux PME du secteur.
Ce délai intervient alors que l'Europe durcit déjà le ton sur les allégations environnementales. Depuis le 27 septembre 2026, les nouvelles règles européennes contre l'écoblanchiment interdisent les termes génériques comme « vert » ou « respectueux de l'environnement » sans preuve.
L'avis d'Ecolochic
Le passeport numérique est sans doute l'outil le plus prometteur contre l'écoblanchiment dans la mode. Il remplacera les promesses par des données consultables. Mais le délai laisse deux à trois ans de plus aux allégations invérifiables, y compris dans le luxe, où de nombreuses maisons vantent leur traçabilité sans publier encore un passeport complet par produit.
Deux questions restent ouvertes. D'abord, le contenu : un passeport qui se limiterait à la composition et aux conseils d'entretien, sans données environnementales obligatoires (empreinte carbone, eau, origine précise des matières), n'apporterait guère plus qu'une étiquette. Ensuite, le partage des coûts : si les marques reportent la collecte des données sur leurs sous-traitants sans financer l'effort, les plus petits ateliers risquent d'être écartés. Ce serait un comble pour un outil censé valoriser les filières vertueuses. Rien n'empêche les maisons de luxe de prendre de l'avance : la loi fixe une obligation minimale, pas un plafond.
Infos pratiques
- Texte : règlement (UE) 2024/1781 sur l'écoconception des produits durables (ESPR), en vigueur depuis le 18 juillet 2024
- Acte délégué textile : attendu entre le 3e et le 4e trimestre 2027 (calendrier indicatif)
- Application à l'habillement : pas avant 2029 environ, après au moins 18 mois de transition

