Dans le bilan carbone d'un pull en laine, le premier coupable ne se trouve ni dans la filature ni dans le transport, mais dans l'estomac du mouton. La fermentation digestive des ruminants produit du méthane, un gaz au pouvoir réchauffant bien supérieur à celui du CO₂ sur le court terme. C'est ce poste que Theory, marque new-yorkaise du groupe japonais Fast Retailing (Uniqlo), a voulu attaquer. Le 19 octobre, lors de la conférence annuelle de Textile Exchange à Vancouver, son projet a reçu le prix Collaboration for Global Impact des Climate and Nature Impact Awards 2026.
Une algue dans la ration des mérinos
L'essai a été mené pendant 120 jours à Congi Farm, une exploitation familiale fondée en 1928 dans la région de New England, en Nouvelle-Galles du Sud (Australie), avec la société Sea Forest et la filature italienne Botto Giuseppe. 2 000 moutons mérinos ont reçu SeaFeed, un complément alimentaire à base d'algue rouge Asparagopsis, distribué sous forme de blocs à lécher et représentant environ 1 % de leur ration. Résultat : 43 % de méthane entérique en moins, soit environ 54,5 tonnes d'équivalent CO₂ évitées sur la durée de l'essai, l'équivalent des émissions annuelles d'une douzaine de voitures à essence. La méthodologie et les calculs ont fait l'objet d'une revue technique indépendante par le cabinet Atmosphere Alternative. La laine issue de ce troupeau a été intégrée à la collection Regal Wool de Theory du printemps 2026.
Ce que l'essai ne dit pas encore
Le résultat est réel, mais il faut le lire avec précision. Seule la phase d'élevage a été mesurée, et seulement le méthane digestif : ni la filature, ni la teinture, ni le transport entre l'Australie, l'Italie et les boutiques n'entrent dans ces 43 %. L'essai a duré quatre mois et porte sur un seul troupeau ; l'efficacité dans le temps et à grande échelle reste à démontrer.
« Les résultats du pilote étaient encourageants, mais le plus important, ce sont peut-être les enseignements que nous en avons tirés ensemble. » — Gonzalo Pertile, vice-président chargé du développement durable de Theory
L'avis d'Ecolochic
Voilà une démarche qui s'attaque au bon problème : dans la laine, l'essentiel de l'empreinte climatique se joue à la ferme, et non dans le marketing du produit fini. Mesure indépendante, partenaires identifiés, chiffres publiés : l'exercice est sérieux. Mais un complément alimentaire ne transforme pas à lui seul un modèle d'élevage, et 43 % sur 120 jours ne valent pas une laine « bas carbone » à l'échelle d'une collection, encore moins d'un groupe comme Fast Retailing. L'enjeu sera de voir si ces réductions tiennent dans la durée, sur des troupeaux entiers, et si le surcoût est partagé avec les éleveurs plutôt que reporté sur eux. Le pull le plus sobre restera celui que l'on garde longtemps.
Infos pratiques
- Marque : Theory (groupe Fast Retailing), collection Regal Wool
- Prix : Collaboration for Global Impact, Textile Exchange Climate and Nature Impact Awards 2026 (19 octobre 2026)
- Partenaires : Congi Farm (Australie), Sea Forest, Botto Giuseppe (Italie)
- Essai : 2 000 mérinos, 120 jours, -43 % de méthane entérique, environ 54,5 tCO₂e évitées
Crédits photos : Bernard Spragg, domaine public ; Cgoodwin, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons). Photos d'illustration, sans lien avec l'essai.


