Chaque mois d'octobre, Paris devient pour une semaine la capitale mondiale de l'art et du design de collection. Design Miami.Paris s'installe du 20 au 25 octobre à l'Hôtel de Maisons, l'hôtel particulier du VIIe arrondissement qui fut la demeure de Karl Lagerfeld, avec une trentaine de galeries. Art Basel Paris, cinquième édition, réunit 211 galeries au Grand Palais, ouvert au public du 23 au 25 octobre. Au milieu des pièces rares et des œuvres à six chiffres, une poignée de propositions parlent d'autre chose : de réemploi, de démontage, de matériaux qui ont déjà vécu. Notre sélection.
1. La maison démontable de Jean Prouvé, chez Patrick Seguin
Dans le jardin de l'Hôtel de Maisons, la Galerie Patrick Seguin présente la Maison démontable 6×6 conçue par Jean Prouvé en 1944. Trente-six mètres carrés posés sur un système de portique axial en acier et en bois, pensés pour reloger rapidement les sinistrés de la guerre, et surtout pour être montés, démontés et déplacés sans rien perdre. Quatre-vingts ans avant que le secteur du bâtiment ne parle de « réversibilité », Prouvé en avait fait un principe constructif. L'architecture réemployable, en version originale.
2. Keita Miyazaki et ses pots d'échappement en fleurs
Sur l'avenue Winston-Churchill, entre le Grand Palais et le Petit Palais, le programme public d'Art Basel Paris, en accès libre, accueille A Symbiotic Form (2025) du Japonais Keita Miyazaki, présentée par la galerie Rosenfeld. Une installation monumentale où des pièces automobiles de récupération, pots d'échappement en tête, se marient à du papier japonais plissé et imperméable pour former des volumes colorés presque organiques. Les rebuts de l'industrie automobile deviennent un organisme vivant.
3. Kennedy Yanko, le métal récupéré à la Cité de l'architecture
Dans la Galerie des moulages de la Cité de l'architecture et du patrimoine, l'artiste américaine Kennedy Yanko déploie une nouvelle série de sculptures monumentales, sous le commissariat de Matthieu Poirier, dans le cadre du programme public d'Art Basel. Sa matière première : du métal de récupération, plié, froissé et associé à des peaux de peinture acrylique. Face aux moulages de cathédrales, la ferraille trouve une noblesse inattendue. Une exposition qui a l'avantage de durer : jusqu'au 3 janvier 2027.
4. Le secteur Emergence, laboratoire du réemploi
Sous la nef du Grand Palais, le secteur Emergence d'Art Basel Paris, consacré aux jeunes galeries, fait la part belle aux matériaux de seconde main. Cudelice Brazelton IV (galerie Wschód) recompose les restes démontés de sa propre installation Pomade House (2025) ; Nat Faulkner (Brunette Coleman) travaille des films radiographiques recyclés ; Clémentine Adou (Lo Brutto Stahl) assemble des armatures de parapluies démontées et du carton. Trois façons de dire qu'une œuvre peut naître de ce que l'on jette.
L'avis d'Ecolochic
Ces propositions sont réjouissantes, et la maison de Prouvé reste une leçon d'architecture sobre qui n'a pas pris une ride. Mais il ne faut pas se tromper d'échelle : le réemploi reste ici une exception esthétique dans un univers qui vit de la rareté, de la nouveauté et du transport international des œuvres, des collectionneurs et des stands. Quand une ferraille récupérée devient une pièce de musée, c'est sa valeur symbolique qui change, pas le modèle. À voir, donc, comme une invitation à regarder autrement nos propres objets, plutôt que comme la preuve que le marché de l'art a fait sa révolution circulaire.
Infos pratiques
- Design Miami.Paris : du 20 au 25 octobre 2026, Hôtel de Maisons, 51 rue de l'Université, Paris 7e. Maison démontable 6×6 de Jean Prouvé : Galerie Patrick Seguin, pièce 1 et jardin.
- Art Basel Paris : Grand Palais, Paris 8e ; journées publiques du 23 au 25 octobre 2026, de 11h à 19h.
- Keita Miyazaki, A Symbiotic Form : avenue Winston-Churchill, accès libre pendant la semaine de la foire.
- Kennedy Yanko : Cité de l'architecture et du patrimoine, Galerie des moulages, du 16 octobre 2026 au 3 janvier 2027.
Crédits photos © Galerie Patrick Seguin


