Sacs Hermès repeints, chemises de fripes, bobs en rideaux : le réemploi s'invite à Tranoï

Rédigé le 29/10/2026
Jérôme B


Du 1er au 4 octobre, plus de 200 marques venues de 43 pays ont exposé au Palais Brongniart pour l'édition parisienne de Tranoï, le salon qui accompagne la Fashion Week. Parmi elles, FashionUnited a repéré trois maisons qui ont un point commun : elles ne produisent aucune matière neuve. Tout part de l'existant.

Philip Karto : le sac de luxe vintage devient toile

Le Français Philip Karto, passé par Kulte, Christian Audigier et Faith Connexion, rachète d'anciens sacs Hermès et Louis Vuitton, et parfois Goyard. Chaque pièce est authentifiée, démontée, nettoyée, réparée, remontée, puis peinte à la main dans un esprit pop art. Broderies et pièces métalliques faites à l'atelier complètent le travail, et chaque sac est numéroté et livré avec un certificat.

La marque privilégie la toile monogrammée, jugée plus durable que le cuir. Fondé en 2017 selon le site de la marque, son atelier est basé à Miami, même si FashionUnited le présente comme parisien. Les prix sont à la hauteur des sacs d'origine : de 3 400 à près de 35 000 dollars en 2022, selon Modern Retail.

Subwae : les fripes de Kantamanto recousues

Venue du Ghana avec le programme Creative Africa Nexus, soutenu par la banque Afreximbank, la marque Subwae travaille des fins de stock et des vêtements de seconde main achetés au marché de Kantamanto, à Accra. Décousus puis réassemblés, ils deviennent notamment des chemises patchwork.

Le choix n'est pas anodin. Kantamanto est l'un des plus grands marchés de fripes au monde : selon l'Or Foundation, environ 15 millions de vêtements usagés arrivent chaque semaine au Ghana, et environ 40 % finissent en déchets.

RAGattack : des rideaux des années 70 sur la tête

À Copenhague, Rikke Sofie Hilbert, ancienne gérante d'une boutique vintage, a fondé RAGattack. Elle taille des bobs, des casquettes, des bérets, des étuis à lunettes et des pochettes dans des rideaux des années 1970. Les chutes deviennent des cotons démaquillants réutilisables. La créatrice refuse de faire rééditer ces imprimés : quand le stock sera épuisé, elle passera à une autre ressource.



L'avis d'Ecolochic

Ces trois marques font ce que l'industrie promet souvent sans le faire : créer sans extraire de nouvelles matières. Et elles le font en rendant le réemploi désirable, ce qui reste le meilleur moyen de le faire sortir de la niche.

Les échelles, en revanche, n'ont rien à voir. Subwae et RAGattack transforment des textiles qui seraient sinon devenus des déchets. Philip Karto, lui, travaille sur des sacs de luxe déjà recherchés, pour en faire des pièces uniques à plusieurs milliers d'euros : c'est de la réparation et de l'allongement de vie, mais pas une réponse aux montagnes de vêtements usagés.

Un point de vigilance enfin : les grandes maisons ne voient pas toujours d'un bon œil la customisation de leurs produits. Louis Vuitton a déjà obtenu gain de cause contre des personnalisateurs, aux États-Unis en 2022 et en Corée du Sud en 2024. Aucune action n'est connue contre Philip Karto, mais le cadre juridique de l'« upcycling » de produits de marque reste fragile.

Infos pratiques

Tranoï Paris, du 1er au 4 octobre 2026, Palais Brongniart
Philip Karto : philipkarto.com
Subwae (Ghana) et RAGattack (Danemark)

Crédits photos © Philip Karto, © Subwae, © RAGattack

Sources
• FashionUnited, 13 octobre 2026
• Tranoï
• Philip Karto
• Modern Retail, 2022
• BusinessDay / Bloomberg, d'après l'Or Foundation
• The Fashion Law