Stella McCartney × Spiber : la protéine fermentée entre dans le Winter 2026

Rédigé le 28/09/2026
Benoit Groque


Ce qui est confirmé sur la collection

Lors de la Fashion Week de Paris, Stella McCartney a présenté sa collection Winter 2026, dans laquelle apparaît Brewed Protein™ de Spiber. Les deux maisons indiquent collaborer depuis plus de quatre ans sur le développement matière. Sur le site de la marque, des pièces comme le Crewneck Spiber Knit Sweater et le Shawl-Collar Spiber Knit Jumper sont décrites comme un mélange de laine issue de sources responsables (RWS) et de Brewed Protein™, fabriqué en Italie, dans une esthétique de maille « fisherman » revisitée.

Point essentiel pour le lecteur exigeant : il ne s’agit pas, sur ces modèles listés, d’un pull « 100 % fermenté » sans laine. La fibre Spiber entre en composition avec de la laine certifiée RWS. Brewed Protein™ est présentée comme une fibre protéique structurelle de nouvelle génération, créée par fermentation de précision à partir de microbes produits en laboratoire, conçue pour se passer des fibres animales tout en visant un impact environnemental réduit.

Selon Spiber et les éléments repris par la presse spécialisée (dont Ethos), les fibres utilisées mesurent 12 à 14 microns de diamètre — un finissage comparable, en ordre de grandeur, aux fils les plus fins du cachemire ou de la soie, pour un toucher lisse et raffiné. La maison Stella McCartney indique par ailleurs que le prêt-à-porter Winter 2026 est confectionné à 93 % à partir de matières responsables, et demeure sans cuir animal, plumes, fourrure ni peaux.

Lire Winter 2026 sans naïveté

Depuis 2001, Stella McCartney construit une maison sans cuir ni fourrure animale. Brewed Protein™ s’inscrit dans une lignée d’expérimentations (Mylo™, Kelsun, Vegea, etc.). Pour Ecolochic, l’intérêt du Winter 2026 tient à trois faits clairement établis : l’arrivée runway d’une fibre fermentée co-développée avec Spiber ; sa présence dans des mailles commercialisées en mélange laine RWS / Brewed Protein™ ; et un discours d’impact chiffré qu’il faut toujours rattacher à ses sources et à ses conditions d’ACV.

Le luxe durable ne se joue plus seulement sur l’interdiction. Il se joue aussi sur la capacité à inventer des matières désirables — et à en documenter, sans surjouer, les bénéfices.

Kazuhide Sekiyama, fondateur et dirigeant de Spiber, avait souligné dès 2024 devant la Fédération de la Haute Couture et de la Mode la capacité de ces fibres à viser la finesse du cachemire ou de la soie, tout en proposant des réponses à des enjeux comme les microplastiques des synthétiques, la désertification liée à l’élevage de chèvres à cachemire, ou les émissions de l’élevage. Spiber a déjà fourni Brewed Protein™ à d’autres maisons (Yuima Nakazato, Sacai, Junya Watanabe, entre autres) ; chez Stella McCartney, la fibre gagne un public luxe plus large.

Chiffres d’impact : ce que disent les sources — et leurs limites

Ethos, citant les éléments diffusés autour du lancement, rapporte que Brewed Protein™ peut émettre jusqu’à 75 % d’émissions en moins que le cachemire, tout en nécessitant 94 % d’eau en moins et 86 % de terres en moins. Ces ordres de grandeur sont des affirmations d’impact associées à la communication autour de la fibre ; Spiber publie par ailleurs des analyses de cycle de vie (ACV) dont les résultats varient selon les scénarios de production. Nous les mentionnons donc comme données sourcées par la presse et l’entreprise, non comme des mesures indépendantes vérifiées ici.

Ce que l’on peut retenir : Brewed Protein™ promet de découpler le confort protéique de l’élevage intensif, avec un potentiel de réduction d’impact — sous réserve de l’échelle, de l’énergie de fermentation et du mix matière des vêtements (ici, mélange avec de la laine RWS).