Président du domaine Telmont, Ludovic du Plessis revient sur le positionnement de cette maison de champagne dans la production, et la distribution, d’un champagne alliant qualité et responsabilité environnementale.
Telmont est la première maison de champagne à obtenir la certification Regenerative Organic Certified®️ (ROC™️). Concrètement, qu’est-ce que cela change dans vos méthodes de production ?
LdP - Être ROC™, c’est défendre une vision de l’agriculture où respect de la biodiversité, régénération des sols, et agriculture biologique, c’est-à-dire l’arrêt total des herbicides, pesticides de synthèse, fongicides de synthèse et engrais chimiques de synthèse vont impérativement ensemble. On parle beaucoup en ce moment d'agriculture régénérative, mais parfois en faisant l'impasse sur le bio, ce qui est un non-sens. On ne peut être vraiment régénératif qu'en étant bio ! C’est la base de la certification ROC™.
Concrètement, pour obtenir ce label, la Maison a démontré la mise en œuvre de pratiques exemplaires pour ses vignobles certifiés biologiques, sur les volets environnemental et social : plantation d’arbres, collecte de l’eau de pluie, utilisation de couverts végétaux, intégration de la biodiversité au cœur du vignoble, mesure scientifique de la santé des sols, conditions de travail respectueuses et inclusives…
Cela implique une évolution dans les méthodes de production, mais surtout un changement de mentalité : avec la viticulture biologique et régénérative, on ne s’attache pas seulement à « réduire notre impact » mais à restaurer et régénérer en profondeur et sur le long-terme notre terroir. Chez Telmont, nous sommes convaincus que le vin est bon si la Terre est belle et les sols vivants.
Vous semblez également très attentifs à la décarbonation de la distribution. Peut-on quantifier les économies carbones réalisées ?
LdP - Oui, et c’est indispensable de mesurer pour progresser. En 2021, avec notre projet « Au Nom de la Terre », nous nous sommes fixé un double objectif : avoir converti 100% de notre vignoble à l’agriculture biologique et régénérative d’ici 2031 (70% est déjà certifié) et devenir Net Zéro d’ici 2050 (-90% des émissions de CO₂).
Pour cela, nous avons mis en place plusieurs initiatives, dont nous mesurons déjà l’impact positif : le passage à la bouteille standard allégée à 800 grammes a par exemple permis une réduction d’environ 4 % des émissions de CO₂ par bouteille ; l’abandon des bouteilles transparentes issues à 0% de verre recyclé avec à la clé une réduction de 19% des émissions de CO₂ ; l’arrêt complet du fret aérien, au profit du transport à la voile pour une partie de nos exportations vers le marché nord-américain, réduit les émissions de CO2 de chaque trajet de 80% par rapport à un navire traditionnel de même taille.
Il y a aussi l’abandon des coffrets-cadeau qui permet de réduire de 8% les émissions de CO₂ de chaque bouteille produite ou encore l’arrêt des bouteilles aux formats spéciaux, plus élégantes mais plus lourdes et donc plus émettrices… Tous ces efforts, mis bout à bout, nous rapprochent de plus en plus de notre objectif Net Zéro !
Tous ces efforts ont un coût. La clientèle, en France comme aux Etats-Unis, est-elle prête pour un luxe plus durable ?
LdP - De plus en plus de clients, notamment chez les nouvelles générations, exigent d’un produit d’exception qu’il concilie qualité et responsabilité. On observe cette évolution dans de nombreux secteurs, et le Champagne n’échappe pas à cette tendance. D’ailleurs, ces efforts faits « Au Nom de la Terre » se traduisent aussi par des bénéfices sur les qualités de nos vins : il suffit de goûter notre cuvée certifiée biologique « Réserve de la Terre » pour comprendre que la viticulture bio donne des vins plus expressifs, solaires, et pleins de vie.
Les amateurs de Champagne ne s’y trompent pas : dans un marché parfois sous tension, Telmont affiche une croissance soutenue. C’est la preuve qu’une clientèle existe, et grandit, prête à soutenir des maisons qui ne font aucun compromis entre excellence et responsabilité.

