C'est l'histoire d'une métamorphose que l'on n'attendait pas. Dans son dernier ouvrage, Ce que les araignées m'ont appris (Tana Éditions), Jessica Jousse-Baudonnet, ancienne vétérinaire reconvertie dans la vulgarisation scientifique, nous livre un récit d’une sincérité désarmante. Plus qu'un simple traité d'arachnologie, ce livre est une invitation à déconstruire nos préjugés les plus ancrés et à porter un regard neuf sur le « petit peuple » qui nous entoure.
Un récit de résilience... à huit pattes
Tout commence par un traumatisme d’enfance : une rencontre fortuite avec une tégénaire dans une salle de bains. Pour Jessica, l'araignée devient l'ennemie, le monstre, l'objet d'une psychose qui dicte son quotidien. Ce point de départ, auquel beaucoup de lecteurs s'identifieront sans peine, rend la suite du récit d'autant plus fascinante.
L'auteure nous emmène à travers son parcours de formation en école vétérinaire, où elle réalise que sa peur des arthropodes entre en collision avec sa vocation de soignante. Le basculement s'opère par le biais de la photographie macroscopique. En plongeant son objectif dans les yeux — multiples et étonnamment expressifs — des Phidippus regius, de petites araignées sauteuses, elle découvre un monde de douceur et de curiosité là où elle ne voyait que de l'horreur.
L’esthétique au service de l’éthique
L'atout majeur de cet ouvrage réside dans sa capacité à mêler le récit intime à la rigueur scientifique. Jessica Jousse-Baudonnet ne se contente pas de nous raconter son attachement à Ichi, son araignée fétiche ; elle nous explique le rôle crucial des arthropodes (insectes, araignées, cloportes) dans l'équilibre de nos écosystèmes.
Pour le public d'Ecolochic, la réflexion sur la cohabitation est particulièrement pertinente. L'auteure dénonce nos réflexes d'aseptisation : cette volonté de dresser des murs entre le « dedans » et le « dehors », d'éliminer les prédateurs naturels pour ensuite se plaindre de la prolifération des insectes « nuisibles ». Elle nous rappelle avec justesse que nous nous sommes installés sur leur territoire, et non l'inverse.
Un plaidoyer pour la liberté sauvage
C’est dans les derniers chapitres que l'ouvrage prend une dimension éthique profonde. Après avoir elle-même élevé des araignées en terrarium, l'auteure fait part de sa « dissonance cognitive ». Elle conclut par un choix courageux : celui de ne plus posséder d'animaux captifs pour privilégier l'observation en milieu naturel.
Ce virage vers une écologie de la contemplation, plutôt que de l'appropriation, résonne fortement avec les valeurs de sobriété et de respect du vivant que nous défendons. Le livre nous enseigne que l'amour de la nature commence par l'acceptation de son autonomie.
Le verdict d'Ecolochic
Ce que les araignées m'ont appris est une lecture nécessaire, presque thérapeutique. On y apprend que l'empathie n'est pas réservée aux animaux à poils ou à plumes. Jessica Jousse-Baudonnet réussit l'exploit de nous rendre « attendrissantes » des créatures que nous préférions autrefois écraser sous une semelle.
C'est un ouvrage qui se lit comme un roman, mais qui nous laisse avec une conscience écologique aiguisée. Un livre à mettre entre toutes les mains, surtout celles qui tremblent encore un peu à la vue d'une toile dans un coin du jardin.
L'info en + : Jessica Jousse-Baudonnet continue aujourd'hui son travail de sensibilisation sur les réseaux sociaux, défendant les « mal-aimés » (scutigères, perce-oreilles et autres rampants) avec la même ferveur. https://www.youtube.com/@terrapodia
« Ce que les araignées m'ont appris », Jessica Jousse-Baudonnet, Tana Éditions, collection Âme Animale.



